27 juin, 2016

L'histoire d'un nébulisateur


Certains livres comme Where There Is No Doctor, sont supposés préparer les jeunes médecins à des réalités de terrain autres.

J'ai appris la médecine au sein des hôpitaux de la Tunisie. Nous n'avions pas toutes les technologies à disposition mais le niveau de formation était élevé et l'enseignement de qualité.

A la fin de mon cursus, j'ai décidé de virer de bord, ne pas prendre le chemin qui mène vers une vie confortable de médecin consultant bien installé dans son cabinet mais d'aller voir d'autres contextes, partir en aventure, découvrir l'humain et la médecine...

Ainsi, je suis partie au Niger, l'un des pays les plus pauvres du continent africain malgré des ressources immenses en Uranium dont le pays ne peut jouir à cause d'une politique post coloniale des plus abracadabrantes...

Travailler dans l'humanitaire nous met face à des situations complexes auxquelles nous devons répondre comme médecins dans le respect de l'éthique et de la déontologie;

Pour ainsi dire, il s'agit d'une suite de situations critiques  la mort fait partie du quotidien, la faim n'est pas une sensation mais une maladie.

Venant d'un contexte arabo-africain, d'un pays en voie de développement, j'étais supposée m'adapter rapidement à cette réalité mais ce ne fût pas aussi évident:  je n'avais jamais vu un enfant mourir de faim; le kwashirkor et le marasme étaient une pure théorie: des cours anecdotiques, une sorte de folklore qu'on avait étudié à la faculté sans y porter grand intêret.

La mort était pour moi une complication évitable faisant suite à une pathologie et non une évidence...
Quand on part ailleurs, tout est remis en question, pratiques,  certitudes, habitudes, façon de voir et de sentir et même réactions;

A l'évidence, quand on revient, on n'est plus la même personne.

Sur place, on use  d'initiative de ténacité mais surtout de créativité pour faire face à la cruauté d'une réalité qui nous dépasse.

J'ai travaillé comme médecin dans un hôpital en plein brousse à Bouza, un village à prés de 600 Km de Niamey, capitale du Niger.


Il s'agissait d'un hôpital pédiatrique avec un service de néonatologie mais surtout avec des moyens très limités.


Une panoplie de pathologies des plus compliquées et la responsabilité vis à vis de la population locale qui nous voyait comme des sauveurs nous stimulaient.
Il fallait sauver des vies; une dance lugubre avec Lucifére se réitérait chaque jour...

Il y avait une fréquence élevée d'atteintes respiratoire chez les enfants et surtout les nourrissons qui développaient beaucoup de bronchiolites.

Entre autres, il n'y avait pas de nébulisateur au sein de la structure sanitaire et dans les environs.

Suite à cette observation, il fallait trouver une solution.

Il n'y a pas de probléme, il n'y a que des solutions: un nébulisateur a été donc créé avec les moyens du bord.

Fabrication:

Ce dont on a besoin: un exctracteur d'oxygéne, une tubulure d'oxygéne, un masque à oxygéne pédiatrique, une boite de médicaments vide et nettoyée en caoutchouc.

Il faut faire deux trous sur la surface plane de la boite en respectant le diamétre de la tubulure et du masque à oxygéne; insérer les deux  bouts via les deux trous en s'assurant de l'étanchiété.

Le bout de la tubulure doit être incurvé au fond de la boite pour éviter tout blocage.

Fonctionnement:

Le débit d'oxygéne utilisé doit être maximal: 8L O2/ min.

La quantité de liquide utilisée doit être supérieure à 5 cc (la quantité de liquide utilisée en général) afin que le dispositif soit fonctionnel, le bout de la tubulure doit être submergé de produit.

Il est conseillé d'utiliser le double de la quantité soit 10 cc en gardant la même concentration (1 cc adrénaline / 4 cc sérum physiologique).

La nébulisation devra durer 15 minutes afin que le nourrisson puisse recevoir la bonne dose.

Il est conseillé de vérifier à la fin de la nébulisation la quantité restante afin d'être sûr que le nourrisson a reçu la bonne dose.

Ce dispositif a été utilisé avec ce protocole et le résultat a été satisfaisant.

 Beaucoup de nourrissons ont eu des symptomatologies de dyspnée et se sont améliorés suite aux nébulisations d'adrénaline faites selon ce protocole.

Je partage cette expérience et cette trouvaille afin que toute personne se trouvant dans des conditions similaires puissse s'en inspirer.


Dans cette vie, on n'a pas besoin de grand chose, on reçoit ce qu'on donne; soyons généreux !




15 mai, 2016

It is all about Trust:



Malta is a unique prototype where culture has been developing through the ages with the flows of migrants coming North Africa, Romans, Moors, Knights of St. John, French and British. Indeed, Maltese is a unique branch of Arabic that evolved into a standardized language over the past 800 years in a gradual process of Latinisation.
Maltese Emigrants' Commission came into being in 1950 when an exodus of Maltese was leaving because of unemployment and overpopulation in search of a better future. Meanwhile, the scope of the commission has changed; the Maltese immigration began in 2002, during the Somali civil war and peaked in 2004 when Malta Joined the EU.
This crisis ended abruptly just as the main European crisis was beginning in 2015. Seas around Malta are still bobbing with people fleeing poverty and civil wars, but they don’t sully the islands any longer.
A Maltese opposition leader has alleged that Malta and Italy cut a secret deal in which Malta would surrender oil exploration rights in an offshore area disputed with Italy, while Italy would return the favor by picking up Malta’s share of migrant rescues at sea.
In 2015, a summit about migration was organized and the choice of the place wasn’t at ransom: Valetta Summit on Migration, or Valletta Conference on Migration, took place on 11 and 12 November 2015.
EU Member States, members of the Rabat process and Khartoum, observers from the Rabat process, representatives of the ECOWAS, the UN and many International organizations have been invited to participate in this summit. EU Member States discussed with African leaders the European migrant crisis.
These discussions lead to a “non-Eurocentric” observation: Young migrants are destabilizing old Europe!  European leaders offered African countries almost €2bn (£1.8bn) in return for agreeing to the deportation of these dangerous unwanted migrants.
Trust has a fund
This time, the deal wasn’t secret, Trust was the main recommendation and the fund was called TRUST FUND although “There was very little trust between the sides,” diplomats reported.  Luckily, Trust could double to €3.6bn in order to reinforce efforts to tackle the EU’s biggest ever migration crisis.
Save the Schengen, Save Africa…
EU Trust Fund has been created to support “fragile” African countries, it aims to respond to the challenges of irregular migration and displacement and to contribute to better migration management by implementing livelihood projects for unwanted migrants that would voluntary return to their countries of origin in Africa. Meanwhile, African leaders tried to use the meetings to force Europe to open up more legal channels for their people moving to Europe to what Donald Tusk, the European council president, answered that “Saving Schengen is a race against time”. Indeed, to save mobility within Europe, African mobility should be reduced.
Saving the Schengen doesn’t wait…
Donald Tusk convened another emergency EU summit directly after the African leaders departed. This second meeting was about the mass arrivals of Syrians and Iraqis in Europe via Turkey and the Balkans.
It is important to stress that Turkey has been candidate for EU membership since 1999.  Negotiations about the adopting the EU Schengen visa system only started in 2005. Turkey was obliged to harmonize its legislation in areas identified in the EU "Accession Partnership" document.
After the crisis in Syria, Turkey hosts the world’s largest community of Syrians displaced by the ongoing conflict: more than 1.7 million as of mid-March 2015.
The Syrian refugee crisis arose as the Turkish government was in the midst of overhauling its immigration system to meet European standards.
Time was running:  48 hours after the Valetta, Donald Tusk, President of the European Council, and Jean Claude Juncker, President of the European Commission, fled to Antalya to represent the EU at G20 Summit in Turkey, on 15-16 November 2015.
At their meetings with Turkish leaders, EU leaders mainly talked about the EU-Turkey cooperation on the migration and refugee crisis and launched an Action Plan to step up their cooperation on “migration management”. Turkey became a key partner for the European Union.
Indeed, The EU has mobilised €4 billion humanitarian for Lebanon, Jordan, Iraq, Turkey and Egypt. This fund was already trusted and refoulement of migrants was to begin in the shortest time in return. Of course, Ankara negotiated as African leaders, but had more space for action. Turkey appears to have reflected on the enthusiasm of the EU to strike a deal, and realized that if Brussels is that desperate then they might be able to secure their price without having to fulfill their part of the bargain. Inevitably, measures to soften Turkey’s crackdown on minority and opposition groups, working better with Cyprus and introducing biometric security measures on passports won’t be done soon.
Save the Trust, Save the Migrants
The EU was confronted with the arrival in Europe of an unprecedented number of migrants and refugees. They travel for different reasons; they flee conflict, political and economic instability, violations of human rights and poverty.
Those trusted and untrusted deals are supposed to help migrants, respect human rights and restore dignity.
Migrants are being pushed back to African countries; African countries remain impoverished, the standard of living rises in the face of inadequate incomes, corrupt politicians sell the richness of the country to the same EU which refuses to receive migrants but is still happy to receive Uranium and Oil. Organizations receiving funding for communities stabilization are trying to create micro projects unsuited to the context and with no future visibility.
Turkey heaps Syrian migrants who have no future and are rampant in despair: they are trapped in this no-win situation; facing segregation and poverty.
One wonders how a father can risk the life of her son in a dangerous voyage across Libya, how a young girl falls into the first boat to Europe. These are all humans that still have hope in humanity even if their behavior seems suicidal.
After those deals, and knowing the increasing intensity of the xenophobia, one can start to wonder how these people who feel rejected and live a nightmare don’t think about integrating ISIS ?



02 octobre, 2015

Hope's hope

What a nice name!

Hope makes us live; it made Hope leave her home country and go through a very exciting and dangerous adventure.

Hope is 20 years old; she's pretty and she says that she's strong.
Hope's father died in the war and she had to take care of her old mother and two young brothers; she has been battling every day since but things aren't easy;
"You can't have a proper work if you don't have education..."

Hope met this guy; he was nice to her and seemed to be the only person to understand her fears about the future and her aiming for a better life.
He called her one day, asking to meet; she put on her best dress and went to see him by the riverside.
He was with a friend; an important man, "He looked really powerful» wearing black glasses and a nice suit made of an expensive kind of tissue.
Let's call that important man Marc.
Marc told Hope that he will provide her with a job because he runs a huge business and that he will enable her to travel and work in order to send money to her family, that all costs will be paid;
Marc was going to take care of all details...
Hope was happy, she never thought about travelling, she doesn’t even have a passport nor an ID; Actually, she never felt like these papers could help in anyway...
Marc told her that he will also provide travel documents.

Few months later, everything was set up for departure, she packed...
She met this group of girls with whom she was going to share a way more than a travel.

Girls were actually too numerous for the car;
"We had to sit inside the car like sardines"
The transportation was done in a vicious position for all the girls so many of them developed bruises on several parts of their bodies.

The journey was long; the group had to move from a car to another while going through the desert to reach Libya.
"The car stopped several times and men with guns took our phones and all our money, once in Libya we had nothing so an armed group caught us; we were put in containers and had to be quiet during the journey...They asked for money but since we didn't have anything to give, some of us called families to send money so that they free us..."

Once arrived in Libya, groups were mixed and Hope met other people travelling from other countries.

"It was supposed to be the last stop, we had to stay in a house with closed doors and windows waiting for the boat; We were heading to Italy."

The group has been staying in that detention center for weeks and the conditions were awful;
"We had no toilets, we had to pee in the same room we were sleeping; the smell was terrible... Look at our bodies; there is no blood, we didn’t have enough food..."

Hope couldn't figure out how much time was exactly spent in that center.

"A group of men came late in the night and told us to hurry because the boat was leaving so everybody rushed to the door and some people left some of their stuff..."

A smal woody boat was waiting on the beach, too small for more than a hundred people, nevertheless all of them had to get on it.
Life suits weren't available for all passengers and many started fighting to get one;

Men in charge pushed the boat and they started sailing in that dark night.

Hope was mixed with fear and confusion was all over men, women and children.

Strangers sharing the will to survive knew that their destiny is linked to each other's...







02 août, 2015

Partir… Le désir de migration chez les jeunes …

La migration irrégulière est un sujet d’actualité de par le monde et surtout en Tunisie.
En effet, la Tunisie est devenue un pays de destination et de transit à part son positionnement comme pays de départ des flux migratoires.
Il est crucial de rappeler que l’émigration est un processus mondial qui incarne le droit à la liberté du mouvement. Ce processus est multiple et dans le contexte tunisien il oscille en effet entre et l’épique et le dramatique. 
Ce phénomène social ne doit pas être perçue comme un processus négatif puisqu’il est également porteur d’espoir et générateur de rêve de renaissance.

L’émigration régulière dans le contexte tunisien vise généralement l’emploi ou le regroupement familial. Ce type de migration est bénéfique pour les pays et les personnes. Sur le plan mondial, cette migration permet de répondre aux besoins du marché du travail ; la valeur ajoutée de la migration à l’économie mondiale est de 3 billions de dollars annuellement. Les pays hôtes profitent d’une main d’œuvre jeune à compétences multiples qui en plus participe nécessairement l’activation de  l’économie des pays hôtes via les services demandés par cette population et les taxes payés. En contrepartie, les migrants arrivent en général à améliorer leur situation  sociale via l’amélioration de leur situation économique qui se fait par le truchement d’une stabilisation professionnelle avec parfois des perspectives intéressantes. Ces mêmes migrants qui arrivent à envoyer de l’argent à leurs familles se situant dans le pays de départ, permettent l’amélioration de la situation familiale : les rémittences partent en général directement dans les poches des familles. En effet, la migration pourrait être un outil de développement à cause des transferts d’argent, de technologies et même de valeurs.
Le deuxième type d’émigration est moins contrôlable car c’est une migration irrégulière, cette dernière se présente actuellement sous plusieurs aspects :
1-La migration irrégulière par des moyens communs vers des pays développés, il s’agit d’un voyage qui se passe normalement avec l’intention cachée de ne plus revenir en Tunisie, dans ce genre de migration, la personne fait un dépassement de séjour et essaye de se fondre dans la masse pour chercher un hébergement, du travail, … parfois « perd » intentionnellement ses papiers d’identification…
2- La migration irrégulière via les bateaux en mer vers les pays développés qui reste le type de migration le plus dangereux et le plus meurtrier;
3- La migration irrégulière/ clandestine visant le « djihad » ;
4-La migration irrégulière/clandestine vers le marché de travail offert par  les sectes ou organismes extrémistes telles que DAECH actuellement. Il est important de noter que ceux qui partent ne le font pas nécessairement pour des raisons d’excès de zèle religieux  ou d’engagement terroriste. Ces agglomérations humaines impliquent des échanges commerciaux de tous types qui peuvent être très lucratifs dans ce contexte politique avec des avantages dus au monopole quasi systématique de certains services.
Détaillons un peu plus ce type de migration vers des sectes extrémistes ; il s’agit d’un phénomène ancien, présent également dans les autres religions et /ou courants de philosophie sectaire ; ces « organisations » recrutent continuellement de nouvelles personnes, auxquelles ils offrent un système identitaire avec un passage par de multiples étapes qui visent l’ascension au sein de la communauté qui devient une unité : la personne n’existe plus comme entité sociale mais fait partie et représente quelque chose de plus grand, de plus vaste : un groupe, une organisation, une population, une « Omma ». Ces personnes devenus « sujets », adhérent à un système de morale unifié, à un  fonctionnement conformiste qui nient la singularité ou la différence au profit de la discipline porteuse d’un sentiment d’égalité et de justice. Ces agglomérations sectaires proposent un « objectif » commun qui anile les aspirations personnelles au profit du « bien commun ».   
Il existe de multiples réseaux de recrutement des jeunes; ces réseaux visent les jeunes et adolescents psychologiquement fragiles, expérimentant une crise identitaire, noyés dans un sentiment d’accablement pour des raisons multiples que nous allons détailler par la suite.
Ces réseaux de recrutement existent sur internet surtout via Facebook et les autres réseaux sociaux mais également au niveau des prisons pour les jeunes qui sont emprisonnés pour délits mineurs, dans les quartiers populaires, dans les mosquées, au niveau des universités… Cette liste n’étant pas exhaustive.
Ce nouveau type de migration pose un problème sécuritaire. Il s’agit en effet, d’un défi à surmonter à l’échelle du monde en général et du pays en particulier. Cette situation ne peut être dépassée si la problématique  n’est pas traitée de façon holistique. En effet,  il faut traiter les vraies causes de cette fuite vers ce comportement suicidaire basé sur le déni, le rejet des conditions vécues et l’aspiration à un « meilleur, ailleurs » quelques soient les risques encourus.
Il s’agit d’une question qui touche tout le monde : gouvernement, société civile et individus, à laquelle nous devons essayer de trouver une réponse, la responsabilité est partagée et la réflexion doit être approfondie afin d’arriver à des solutions réalistes et efficaces puisque le changement de valeur chez les jeunes est le résultat direct de la conjoncture socio-politico-économique ou ils se trouvent et qui les impactes négativement.

Dans ce contexte et pour être méthodique, il faut de prime abord, procéder à un état des lieux : Qui sont ces jeunes ? A quels problèmes font-ils face ? Quel est leur avis ou sentiment par rapport à leur vécu ? Quelles sont leurs aspirations ?
La Jeunesse a un poids démographique important, en effet, du fait de la transition démographique et de la baisse de la fécondité, le pourcentage des jeunes a augmenté et cette tendance se verra affirmée et amplifiée  jusqu’en 2025.
Cette floraison de la population tunisienne ne doit pas être perçue négativement ; il s’agit du dividende démographique et la Tunisie n’aura que peu de temps pour profiter de ce bonus en mettant en place des politiques visant l’amélioration des compétences des jeunes  pour un adaptation au marché du travail, aux technologies récentes, à la mondialisation et pour assurer un transfert entre les générations.
Entre cette cible et la réalité, il existe un grand écart puisque les jeunes souffrent d’un taux de chômage élevé entravant leur insertion dans le tissu économique. En effet, le pays comptait 241000 diplômes chômeurs en 2014 versus 125000 en  2009 ; le nombre de chômeurs a donc, carrément doublé dans un intervalle de 5 ans.
Le  chômage des diplômés pose un problème encore plus coriace avec des différences larges entre les genres puisque 20.9% des chômeurs diplômés sont des hommes et que plus que le double (43.5%) sont des femmes.
Ces jeunes chômeurs ont un accès très faible au système bancaire, qui ne leur permet pas de profiter des opportunités d’investissement et/ou création de petits projets. En effet, 3.4% des jeunes seulement ont eu des contacts avec les banques pour le développement d’un projet.
Ces jeunes restent dépendants financièrement de leurs parents, ce qui implique une modification de  la relation Parent - Jeune - Adolescent, qui désormais oscille entre rébellion et soumission. Ce fait peut être expliqué par la limitation de la liberté d’action et de mouvement des jeunes pour des raisons pécuniaires. Cette privation est plus amplifiée chez les jeunes filles sujettes au conservatisme et aux préjugés sociaux. Elles cherchent des solutions à cette castration, ces dernières doivent être socialement acceptées et sont parfois imposées. La solution « magique »  se résume en un mot : mariage.
Les retombées de cette dépendance financière sur les jeunes hommes ne leur permettent pas de se marier. Ils endurent également le célibat prolongé qui est une résultante directe du manque d’autonomie des jeunes par rapport à leurs parents en raison de leur situation sociale et économique.
Il s’agit en effet d’un cercle vicieux dont toutes les composantes soumettent des pressions sur les jeunes qui se questionnent, se sentent coupables vis-à-vis de leurs parents pour qui ils représentent une charge et ne voient pas le bout du tunnel.
Cet état de dépression peut conduire à des pseudo solutions de plein désespoir dont l’abondan scolaire, le banditisme,  la criminalité, les addictions (usages de drogues multiples, alcoolisme…), le suicide, mais également l’immigration irrégulière qui dans ce contexte et malgré les dangers qu’elle implique semble être la plus constructive puisqu’elle est porteuse d’un espoir de recommencer et se bâtir dans un ailleurs « idéal ».
L’un des prémisses de ce désarroi reste l’abondan scolaire, en effet, on compte en Tunisie une déperdition scolaire importante, les études rapportent des chiffres autour de 100 000  abondons scolaire/an ; ce qui devrait être alarmant, car le nombre de bacheliers est également autours de 100 000 réussites/ ans. Ainsi le système éducatif tunisien n’arrive à retenir que la moitié des élèves.  
Une grande interrogation doit être émise : Pourquoi ces jeunes quittent et comment réussir malgré le système scolaire ?
Le système éducatif ne répond plus aux aspirations des jeunes, notamment dans sa fonction d’ascenseur social.  Le pourcentage des jeunes (15 à 25 ans) qui ne sont pas scolarisés, qui ne travaillent pas et ne suivent pas une formation est très élevé avec des disparités entre le milieu urbain et le milieu rural: en milieu rural 46,5% des garçons et  81.5% des filles n’ont aucune activité visant la formation et en milieu urbain 34.6%  des garçons et 60.2%  des filles sont également aux abois.
Le contenu de l’enseignement n’est pas attractif pour les jeunes et ne leur permet ni d’utiliser leur potentiel ni de leur offrir les opportunités qui correspondent à leurs aspirations et talents. Les programmes de formation professionnelle existent mais restent limités et nécessitent une mise à jour pour être plus attractifs pour les jeunes et mettre en valeur leurs talents.
Le non accès à l’éducation ne signifie pas la non utilisation des technologies de communication puisque 1/3 des jeunes utilisent l’internet. Ils sont connectés pour suivre les informations, communiquer, chercher un travail, travailler...
Il est important de noter que sur les 4.6 millions de tunisiens utilisant le « Facebook », 68% sont âgés entre 15 et 29 ans.
Ces incursions dans un monde virtuel, ne font qu’augmenter la déchirure entre leurs aspirations et la réalité de leur situation. Ce monde virtuel incontrôlable est également une source de contacts, d’informations et peut être à la base d’intégration de mouvements sociaux, politiques, religieux, sectaires…
            En somme, nos jeunes sont tiraillés entre une réalité qui pourrait être insoutenables pour certains et des aspirations semblant irréalisables. Ces jeunes « Sisyphies » commencent à baisser les bras et perdent confiance ; l’épuisement intellectuel les poussent à l’isolement à cause de la crainte d’être déçu. D’ailleurs, l’étude faite par la Banque Mondiale en 2012 montre bien que le niveau de confiance des jeunes dans ce les entoures comme institutions  est très bas : plus que 80% des jeunes n’ont pas confiance dans les politiciens, prés de 60% des jeunes n’ont pas confiance dans la police, 70% des jeunes n’ont pas confiance dans la presse, 50% n’ont pas confiance dans les écoles et pire, 50% n’ont pas confiance dans le Pays…


Cette confiance perdue, sera-t-elle un jour regagnée ?
Il ne s’agit pas d’une crainte insensée, il s’agit bien, de faits réels qui poussent les jeunes à être réticents et à ne plus avoir envie de s’impliquer. L’ailleurs est porteur d’espoir, cet ailleurs inconnu semble plus digne de confiance…
Il existe en effet, une absence de politiques de  développement  centrées sur les jeunes ; ceci accentue leur exclusion sociale et économique et renforce leur désespoir.
Actuellement la Législation tunisienne accorde beaucoup d’importance aux jeunes ;
L’Article 8 de la Constitution Tunisienne déclare que « La jeunesse est une force agissante au service de la construction de la Nation et que L’Etat veille à fournir les conditions permettant aux jeunes de développer leurs capacités, d’épanouir leur énergie, d’assumer leurs responsabilités et d’élargir leur participation au développement social, économique, culturel et politique. »
L’Article 47 de la Constitution Tunisienne assure le Droit à l’éducation « Les droits à la dignité, à la santé, aux soins, à l’éducation et à l’enseignement sont garantis à l’enfant vis-à-vis de ses parents et de l’État. »
Cet engagement de l’état tunisien est plus prononcé dans l’Article 139 qui assure : « Les collectivités locales adoptent les mécanismes de la démocratie participative et les principes de la gouvernance ouverte afin de garantir la plus large participation des citoyens et de la société civile à la préparation de projets de développement et d’aménagement du  territoire et le suivi de leur exécution, conformément à la loi. »
Il est temps d’honorer ces engagements et d’entamer un travail de fond pour que ces textes de loi ne restent pas de l’encre écrit sur un papier.
Finalement, je tiens à rappeler qu’une migration organisée peut apporter un bénéfice notable aux personnes et aux pays; cette dernière ne peut se faire que dans le respect des droits humains fondamentaux. L’accès à une protection sociale et juridique adaptée dans le pays d’origine permet de garantir que la migration soit un choix et non une nécessité (OIM, 2010).

Alors, partir? Peut-être pas…