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16 septembre, 2010

Avortement : le dilemme

L’avortement reste un sujet d’actualité malgré les efforts de banalisation; entre « haram » et illégal, les tergiversations abondent et les avis différent…

La législation tunisienne individualise deux sortes d’avortement :

L’interruption volontaire de grossesse et l’interruption thérapeutique de grossesse ;

La première bien que très ambigüe reste régie par une loi très stricte et assez connue par le grand public: entre durée limite de gestation, modalités, locaux… elle mime en grande partie la législation française et elle est même plus souple par points, même si ceci étonne bon nombre de personnes ;

La deuxième, bien qu’elle semble plus défendable, reste très discutable puisque plusieurs aspects sont flous, que les procédures et les décisions sont par moments, aléatoires et imprécises.

Ce billet traitera de l’interruption de la grossesse sur décision « médicale », il se veut médicolégal et areligieux ;

Mettre fin à une grossesse peut être proposé par le médecin si cette dernière met en danger la vie de la mère, du fœtus ou des deux en même temps, elle peut également avoir lieu si le fœtus est porteur d’une pathologie très grave connue incurable ou d’une malformation ou aberration chromosomique importante .

Jusque là tout semble très logique : un truisme même ;

La vérité est toute autre !

Une première problématique se pose :

Quelles sont les maladies « incurables » ? Qu’est ce qu’une maladie grave ? Qui est à même de décider de la « gravité » ou de la « curabilité » d’une maladie ? Qui peut prévoir avec une certitude sans failles l’aboutissement d’une grossesse ?

On ne cherche nullement à démolir la confiance qu’ont les malades en leurs médecins ou en la médecine en général, mais quelques faits doivent être annoncés, pour plus de transparence;

Il ya plusieurs moyens de détecter d’éventuelles maladies ou dysmorphies chez un fœtus tels: L’échographie morphologique n’est pas sure à 100% puisque c’est un examen qui a ses limites qui est également opérateur dépendant, le dosage des marqueurs sériques maternels par le triple test qui n'est qu'un calcul de probablité...

Le diagnostic ne peut être porté avec certitude dans tous les cas, il s’agit généralement d’un jeu de probabilité, quand cette dernière est très forte on doit faire face à une décision qui n’est pas des moindres : mettre fin à une grossesse : l’avortement thérapeutique ;

Donc, lorsque toutes ces conditions sont réunies, tout un chantier psychologique est entamé dans l’esprit des parents : les étapes du deuil s’enchaînent, ce qui fait qu’au jour J , le couple est complètement détaché de ce produit de conception, ils ont hâte de terminer ce processus pour sortir de ce cercle vicieux …

Les organes sont dotés d’un potentiel de vie : on a tous eu droit, lors des cours de sciences naturelles au lycée, à l’étonnement que procure l’automatisme cardiaque : battement reflexe d’un cœur qui est encore perfusé dans une température physiologique même hors du corps, ce potentiel fait que le produit de conception peut continuer à vivre en dehors de la matrice ;

En sachant que les gynécologues qui prennent en charge la totalité du processus, refusent d’effectuer un acte « infanticide », un problème se pose lors des arrêts tardifs de grossesse ; le produit de conception peut continuer a vivre quelques heures, jours ou même années ;

On traitera de deux cas que l’équipe de néonatologie de l’hôpital militaire de Tunis à vécu

Le premier couple a décidé l’arrêt de grossesse pour une malformation complexe de la face avec de multiples malformations viscérales à un terme assez avancé, le nourrisson a survécu, ceci a créé de multiples conflits conjugaux, ils ont fini par divorcer au bout de quelques mois, la mère a pris en charge le nourrisson, qui est décédé à l’âge de 15 mois à cause de sa pathologie ;

Le « nouveau né » du deuxième couple a vécu pendant 3 jours, il a été pris en charge au service de néonatologie dans une couveuse chauffée, le père a refusé de nommer l’enfant et n’a pas payé les frais de cette prise en charge ;

L’arrêt thérapeutique de grossesse est supposé être une solution à un problème jusque là insoluble, une échappatoire pour le couple et la société, il ménage le couple, l’enfant à venir et la communauté en évitant beaucoup de souffrances et de dépenses ; ceci dit, il reste insuffisamment codifié ;

Du moment que la décision est prise, les conditions favorables devraient être réunies pour mener à bien cette opération en minimisant les souffrances ;

Partant de ce constat, des questions se posent et des réponses s’imposent :

Ce n’est pas très fréquent mais le produit de conception peut survivre ; l’éthique médicale ne permet pas de le laisser mourir par hypothermie ou hypoglycémie ; le prendre en charge est un devoir, ceci dit, il n’est pas inclus statistiquement parlant, au sein des naissances, il ne fait pas partie non plus du calcul des décès néonataux ; il ne bénéficiera donc pas d’un enterrement, mais sera incinéré comme n’importe quel membre gangréné amputé ou autre déchet hospitalier ; la législation et la communauté ne le conçoivent donc pas comme une personne ; la vraie question est la suivante : où se trouve la limite entre l’humain et le déchet ?

Le refus des gynécologues d’effectuer un acte infanticide semble se défendre, puisque l’arrêt thérapeutique de grossesse se fait généralement à un terme avancé ; discuter l’acte reviendrait en quelque sorte, à discuter l’euthanasie ; le rendre légitime devrait donc être l’abouchement d’une philosophie et d’une législation plénières ; ceci dit ce point de vue est absolument illogique et même erroné puisque l’arrêt de grossesse est lui même une « mini-euthanasie » : s’ils refusent cet « infanticide » c’est qu’ils prennent ce produit de conception pour un être humain ; ils ne sont donc plus en droit de proposer l’avortement, puisque avorter pour une malformation ou un handicap majeur est équivalent à proposer de mettre fin à la vie d’un adulte qui s’est trouvé après un accident porteur d’une paraplégie avec une différence : ce dernier possède la volonté de décider ; Refuser l’acte infanticide n’est donc pas aussi défendable et les arguments avancés par le gynécologues sont très frêles ;

Par ailleurs, aucune législation n’oblige un couple à prendre en charge le produit d’un avortement, si ce dernier est viable ; d’un autre coté, peut-on blâmer le couple qui vient de passer par cette rude épreuve s’il refuse de prendre en charge cet « enfant » ?

Si la médecine n’offre pas de solutions pour ces déboires, est -elle en droit de proposer l’arrêt thérapeutique de grossesse ?

En dehors de toutes ces réponses, et en l’absence d’une législation claire, une seule alternative s’offre pour le médecin : informer pleinement le couple des différentes débouchées de cet acte et leur laisser libre arbitre.

18 décembre, 2008

Le saviez vous ?

Légalement, votre corps n’est pas «le votre » !!! Selon la législation, le corps humain n’appartient à personne ; Il est donc mis à votre disposition pendant votre vie comme il sera mis à la disposition de votre famille pour les rites de l’inhumation après votre mort (ba3d 3mor twil) ou à la disposition de la justice si les conditions de votre mort sont suspectes afin d’éclaircir les zones d’ombres et punir d’éventuels criminels ; Votre corps ne serait donc pas le votre dans le vrai sens du terme ; Un corps n’étant pas une propriété privée, il ne s’hérite donc pas suite à votre mort ! Avec la théorie Freudienne, l’inconscient, grand manipulateur du psyché reste insondable et l’on vit avec la frustration de ne pas contrôler sa vie, ses réactions, ses envies… On est comme étranger à soi même ; et par cette législation, même ce qui est palpable et concret nous fuit… C’est troublant !

08 octobre, 2008

La sagesse des fous…

Sbitar Errazi à Mannouba, son immense jardin verdoyant, son extraordinaire cage d’oiseaux, ses allées épurées, ses bancs craquelés… Par les journées ensoleillées, la nature nous envoûte : on s’imagine déjà faire un pique-nique, les pieds dans l’herbe, profiter de cette générosité, vivre pleinement son engouement pour la pureté et la légèreté de ces brises ravissantes, s’exalter en écoutant les récits des oiseaux, le crépitement des nouvelles pousses… « 3andekchi mya ? » « Chnoua ? » « 3andekchi mya ? » On avait oublié qu’on se trouvait dans l’établissement public qui contient le plus grand amoncellement de services psychiatriques de tout le pays ; « 3andekchi mya ? » est la phrase typique, le must que chaque visiteur des lieux rapporte ; Vous aurez beau être discret, un des patients trouvera toujours le moyen de vous aborder pour : vous dire bonjour, vous demander en mariage, vous proposer un plan, vous parler d’un problème, vous chanter une chanson… mais plus fréquemment pour vous demander « mya ». Plusieurs personnes s’arrêtent, prennent la peine d’ouvrir leur sac, de chercher dans leur porte feuilles, dans leurs poches… pour satisfaire cette demande toujours renouvelée ; d’autres refusent de peur d’être agressés ou parce qu’ils n’ont tout bonnement pas de pièces de monnaies de 100 millimes… À la longue on s’y habitue, on n’est plus gêné, on rigole même avec certains patients à qui on paye un café… Errazi est vraiment un monde à part, ou plusieurs personnes coupées du monde de part leur pathologie mentale et de leur incapacité de s’adapter à la société de consommation, se retrouvent dans un havre de paix propice à la relaxation et à l’oubli… Un coin de ce pays qui reste non régit par les intérêts et les bénéfices… enfin, c’est ce que je croyais, du moins jusqu’à hier ! « Okhti, okhti… » Je souris tendrement en pensant : « voilà une autre demande de prêt » « n3am » « 3andekchi dinar ?» « heuu… » Dinar fard el marra ! Mais qu’est ce qui les prend ? … J’ai passé toute la journée à y penser ; « 3andekchi dinar ? » résonnait inlassablement dans mes oreilles… « 3andekchi dinar ?», la demande s’est multipliée par dix d’un coup à l’image du prix du baril de pétrole ; « 3andekchi dinar ? », la carapace avec la quelle se protége le monde des ‘fous’ s’est fissurée ; « 3andekchi dinar ? », le monde des ‘sages’ pollue le monde des ‘fous’ ; « 3andekchi dinar ? », les ‘fous’ subissent l’inflation économique des ‘sages’ ; « 3andekchi dinar ? », les ‘fous’ s’y accommodent ; Wenti 3andekchi dinar ?

19 août, 2008

La métamorphose de KAFKA

« Elle danse sur des parquets immenses aussi luisants qu’un lac… » Cette chanson de Francis Cabrel me revient à l’esprit en pensant à ce livre ; Cette petite fille, qui, porteuse d’un handicap moteur, se plait à rêver qu’elle danse… Ce corps qui l’emprisonne et dont elle se détache par l’esprit pour se retrouver prisonnière à la fin de ses rêveries qui ne dureront d’ailleurs, jamais assez… Ce même conflit de l’esprit avec le corps ou du corps avec l’esprit se retrouve dans «La métamorphose » de KAFKA ; Gregor Samsa se lève un beau matin transformé en cancrelat ! Ce corps étranger qu’il ne sait manier au début l'asservit, ce conflit entre l’esprit et la matière provoque une frustration inégalée ; Pas de « comment ?» ni de « pourquoi ?», KAFKA laisse le lecteur poser ces questions à sa place et n’y répond pas… Est-ce un cauchemar ? une réalité ? une hallucination ? On ne saurait dire ! Tout est flou, incertain, angoissant… Et jusqu’à la fin de ce roman, on attendra vainement l’événement qui apportera un sens ou une logique ; Gregor et sa famille essayent de s’accommoder à cette nouvelle situation et la métamorphose de l’esprit induite par cette condition physique est entamée, mais à quel prix ! Les relations changent, les sentiments se dissipent et l’esprit n’étant que le résultat de son environnement régresse cruellement… Coupé du monde extérieur, Gregor sombre, jusqu’au jour ou la dépression humaine tue la bête… Finalement, l’esprit ne peut être maître de la matière -corollaire légitime des interactions avec l’environnement, il peut s’y adapter, du moins essayer de ne pas aller à l’encontre de ce qu’elle implique, mais ne pourra jamais la dominer, même si à un moment donné, il croit le faire… Cette réclusion mentale, beaucoup plus despotique que celle du corps, entravait toute communication ; Gregor était incapable de cerner les événements et n’avait donc aucun moyen de s’y adapter ; KAFKA le mentionne d’ailleurs constamment, lui aurait-on parlé, l’aurait-on informé… tout aurait pu se passer autrement, peut être aurait-il pu apporter un plus… Mais non, sa condition de bête l’en empêchait… On ne refusait pas de l’écouter, ceci n’a tout bonnement pas effleuré leurs esprits, réduit morphologiquement à un être « inférieur », il perdait à leurs yeux toute capacité de raisonner… Ceci n’est pas un récit fantastique, c’est une parodie du monde ou il suffit d’avoir un critère d’infériorité pour être marginalisé…

07 février, 2008

Immunité :

Les problèmes, lot quotidien de tout un chacun… La gravité du problème est relative à la personnalité, aux habitudes problématiques et aux problèmes habituels de chacun… Les problèmes énormes le sont parce que généralement, ils excédent notre problématique habituelle, alors qu’ils seraient problématiquement habituels pour d’autres personnes… Ceci dit, l’évolution de la personnalité fait qu’on affronte de plus en plus de problèmes et l’effet cumulatif devrait faire qu’on a beaucoup plus de facilité à résoudre un problème déjà rencontré, cette facilité devrait logiquement s’accroître au fil des répétitions pour qu’à la nième fois, ce problème cesse d’être problème. Cet acheminement est hypothétiquement très correct, donc tout être humainement logique adhérerait à cette démonstration… Il n’est pas moins vrai que certains problèmes font effraction à cette démonstration ; plus on rencontre ces derniers, moins on peut les penser et moins on les pense moins on en résout et moins on en résout plus ils nous pèsent… Le refus de ces problèmes de s’incliner à la logique n’émane pas de ces derniers mais de nous… Le système immunitaire, défense incontournable de l’organisme humain est soumis à la même logique ; plus il est attaqué par les agents pathogènes plus il améliore ses tactiques pour riposter à la prochaine invasion ; donc à un moment donné si on exclue tout facteur de morbi-mortalité, il devrait arriver à un état d’invulnérabilité totale ! Mais ceci n’est pas le cas ! Si l’organisme est attaqué par plusieurs germes en même temps ou si les infections sont récurrentes, le système immunitaire s’épuise. Donc si on essaye de transposer ceci sur l ‘être humain, dans le sens spirituel du terme on arrivera à la conclusion que si plusieurs problèmes s’associent ou si un problème joue au boumerang, l’être humain ne pourra logiquement pas ou plus le ou les résoudre. Est ce une défaillance de nous, du concept d’apprentissage, de la nature ou de la logique ?